En Islam, nous accomplissons de bonnes actions lorsque nous obéissons à Dieu (en respectant une obligation ou un interdit par exemple) et de mauvaises actions lorsque nous Lui désobéissons (en transgressant une obligation ou un interdit). Au jour de la résurrection, toutes les actions seront pesées et Dieu décidera si nous méritons le paradis ou l’enfer.
Parmi les mauvaises actions possibles, la plus grave, celle qui se démarque des autres, est le shirk (association). Le shirk (association) est le contraire du tawhîd (rendre Dieu unique) que nous avons largement expliqué plus haut. Cela consiste à attribuer à d’autres divinités (ou à considérer que d’autres divinités partagent avec Dieu) une partie de Sa seigneurie, ou de Ses noms et attributs, ou de leur vouer une adoration alors que l’adoration toute entière revient à Dieu. Pour éviter de commettre du shirk, il faut donc non seulement adorer Dieu, mais surtout L’adorer Lui Seul et n’adorer aucune autre divinité en dehors de Lui. Renier (kufr en arabe) une partie du tawhîd revient à faire du shirk. En reniant une partie du tawhîd, on considère qu’il existe une autre divinité (cela peut être une idéologie, une théorie ou même son propre avis) supérieure à Dieu annulant une partie de Son message ou du tawhîd qu’Il nous ordonne de suivre.
Voici quelques exemples de shirk non encore mentionnés :
- Croire que « dame nature » est à l’origine de la vie ou fait pousser les plantes est donner un associé à Dieu dans Sa seigneurie.
- Croire en l’horoscope ou en l’astrologie (fait de prédire la destinée humaine sur base du mouvement des astres, à ne pas confondre avec l’astronomie qui est l’étude de la mécanique des corps célestes) alors que c’est Dieu Seul qui prédestine et connaît le futur.
- Considérer que l’alcool est autorisé en faisant alors passer notre envie ou notre passion au-dessus de la règle fixée par Dieu (qui a interdit l’alcool), les prenant ainsi comme des divinités que nous adorons et suivons en dehors de Dieu.
La sentence du shirk est irrévocable et implacable. Celui qui meurt en l’ayant commis sans s’en être repenti sera condamné dans l’au-delà à vivre éternellement en enfer !
A noter que le shirk est la seule mauvaise action punie par l’enfer éternel. Les autres mauvaises actions peuvent être dans certains cas épongées par les bonnes actions ou pardonnées par la miséricorde de Dieu. S’il subsiste des mauvaises actions non épongées ou non pardonnées par Dieu, la personne ira en enfer pendant un temps déterminé afin de les purger, puis ira au paradis pour y demeurer éternellement. Donc si le shirk est puni par l’enfer éternel, la concrétisation du tawhîd garantit au contraire le paradis éternel après un possible passage en enfer pour purger un reliquat de mauvaises actions.
En général, lorsqu’on explique ce principe aux non-musulmans, ils trouvent cela injuste et voici les arguments le plus fréquemment invoqués :
- On peut ne pas être croyant et être quand même quelqu’un de bien.
- Pourquoi quelqu’un qui ne croit pas mais qui a été bon toute sa vie et a fait le bien autour de lui irait-il en enfer éternellement alors qu’un musulman qui aurait tué et volé irait finalement au paradis ? C’est injuste.
Nous allons réfuter chacun de ces arguments.
- On peut ne pas être croyant et être quand même quelqu’un de bien.
Il s’agit en fait d’un sophisme (argument qui a l’air vrai mais qui ne l’est pas). Le problème vient de l’expression « être quelqu’un de bien » qui a les deux caractéristiques suivantes :
-
- C’est une expression très vague. Si on demandait à un groupe de personnes ce qu’elles entendent par « être quelqu’un de bien », on aurait autant de définitions qu’il y a d’individus et on aurait même des définitions se contredisant les unes les autres.
- C’est une expression connotée positivement pour tout le monde. « Être quelqu’un de bien », c’est forcément bien. D’ailleurs parmi vos connaissances, est-ce qu’il y en a beaucoup qui aimeraient être « quelqu’un de mauvais » ?
La quasi-totalité des gens vont s’estimer « quelqu’un de bien » (étant donné que personne ne veut être quelqu’un de mauvais) comme ils sont (car comme chacun a sa propre définition, tout le monde va se trouver bien comme il est), ce qui signifie que la terre ne serait quasi-exclusivement peuplée que de personnes qui se considèrent comme « quelqu’un de bien ». Et compte tenu de l’actualité ou simplement du comportement de certains de nos concitoyens au quotidien, c’est quelque peu difficile à croire.
Pour résumer, dire qu’on est « quelqu’un de bien » ne veut absolument rien dire. Ce qui compte, ce sont les critères objectifs utilisés pour définir et identifier cela, que nous allons examiner au point suivant.
- Pourquoi quelqu’un qui ne croit pas mais qui a été bon toute sa vie et a fait le bien autour de lui irait-il en enfer éternellement alors qu’un musulman qui aurait tué et volé irait finalement au paradis ? C’est injuste.
Comme nous l’avons vu précédemment, la vraie question est de savoir comment définir « quelqu’un de bien » sachant que chacun a sa propre définition. Laquelle faut-il choisir ? Celle du chef d’Etat ? Celle des scientifiques ? Celle donnée par la majorité de la population ?
A l’école, pour valider notre année scolaire et passer ainsi à l’année suivante ou obtenir notre diplôme nous devons passer un oral de contrôle au cours duquel le professeur nous pose des questions. Il est évident que ce qui compte, c’est de lui donner une réponse valide qu’il agréera. Si notre réponse nous convient à nous, à nos parents ou à nos amis, mais ne convient pas au professeur, notre année ne sera pas validée quoiqu’en pensent ceux qui sont de notre avis.
Il en va de même pour l’au-delà. Au jour de la résurrection, Qui va nous juger ? Et Qui va nous introduire au paradis (personnellement nous n’en connaissons pas le chemin, et quand bien même nous le connaitrions, nous ne pourrions y accéder par nos propres moyens) ou pire en enfer ? C’est Dieu !
Donc ce qui compte, c’est d’être « quelqu’un de bien » aux yeux de Dieu ! Et nous avons vu que la seule mauvaise action que Dieu ne pardonne absolument pas, c’est le shirk. Pour Dieu, les plus mauvaises personnes sont les associateurs ou autrement dit ceux qui Lui donnent des associés et les négateurs (mécréants), incroyants, car cela revient en fait à du shirk. Quant aux personnes restantes que sont les croyants (ceux qui ont concrétisé le tawhîd), elles hériteront du paradis éternel en évitant même le passage temporaire en enfer si elles ont commis peu de mauvaises actions. Telles sont les règles fixées par Dieu.
A ce stade, énoncé comme cela, beaucoup de non-musulmans restent sceptiques et trouvent toujours cela injuste. Mais nous allons maintenant démontrer en détails que non, ces règles ne sont pas injustes.
- On est tous récompensés selon nos intentions et Dieu nous donne ce après quoi on s’efforce[1]
Nous avons vu que pour obtenir le paradis et éviter l’enfer, il faut concrétiser le tawhîd, cumuler un maximum de bonnes actions et minimiser les mauvaises. La concrétisation du tawhîd implique que pour être agréée par Dieu, une bonne action doit être conforme à ce qu’Il nous a ordonné et être réalisée uniquement sur Son ordre. Cela veut dire que celui qui accomplit une bonne action doit le faire avec l’intention de concrétiser le tawhîd et, in fine, dans l’espoir de l’agrément de Dieu et être rétribué dans l’au-delà par le paradis. Si la bonne action est agréée par Dieu, Il accordera à son auteur ce qu’il recherchait qui est ici de se voir rapproché du paradis et éloigné de l’enfer.
Le fait d’accorder à l’homme une récompense en fonction de son intention pour chacune de ses actions vaut pour tous les humains, croyants ou pas. Par exemple, si un non-musulman donne de l’argent à un nécessiteux pour qu’il mange, il aura ce qu’il recherche, c’est-à-dire que le pauvre pourra effectivement manger. De même, si un individu s’investit massivement dans son travail pour évoluer professionnellement, il aura ce qu’il recherche en termes de promotion, d’augmentation salariale ou de bonus en fin d’année. Dieu rétribue donc aussi les non-musulmans, mais dans l’ici-bas uniquement, la récompense dans l’au-delà (le paradis) ne s’obtenant que via l’accomplissement du tawhîd. Tout comme nous l’avons évoqué précédemment, ce dernier consiste à accomplir les bonnes actions préconisées par Dieu dans la révélation faite au dernier de Ses prophètes (et pas les actions que nous ou toute autre divinité considérons comme bonnes), et à les accomplir uniquement parce qu’Il nous a demandé de le faire.
- La recherche de l’au-delà n’empêche pas celle de l’ici-bas
Reprenons l’exemple ci-dessus du non-musulman qui donne de l’argent à un nécessiteux pour qu’il puisse se nourrir. Nous avons vu qu’il aura ce qu’il recherche ici-bas (mais rien dans l’au-delà). Imaginons maintenant que la même action soit accomplie par un musulman recherchant la concrétisation du tawhîd, non seulement le nécessiteux pourra se nourrir (récompense de l’ici-bas), mais en plus le musulman aura la récompense dans l’au-delà dans sa quête du paradis. La recherche de l’au-delà est donc supérieure car elle ne diminue en rien la récompense de l’ici-bas. Il est donc très clairement dans notre intérêt de rechercher l’accomplissement du tawhîd lors de chacune de nos actions car nous avons tout à y gagner. Si on reprend l’exemple donné ci-dessus, il est vraiment dommage pour le non-musulman d’effectuer une bonne action (car Dieu a décrété que nourrir un nécessiteux est une bonne action) qui ne sera au final pas agréée par Dieu (car il n’a pas fait cette action avec l’intention de Lui obéir) et qui ne lui sera donc pas profitable dans l’au-delà.
- Dieu est Le Seul qui mérite l’adoration
Dieu a créé tout ce qui existe en dehors de Lui. Rien n’existe et rien ne peut subsister sans Lui. De même, Il n’a pas besoin de Sa création pour vivre. Il Se suffit entièrement à Lui-Même, fait ce qu’Il veut, et c’est pour cela que Lui Seul mérite l’adoration.
Quant à nous, nous ne sommes rien sans Lui. L’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, la nourriture que nous mangeons et tous les biens que nous utilisons proviennent de Sa création. Certes, nous devons faire des efforts pour rechercher cette subsistance, mais si nous en sommes capables, c’est aussi parce que Dieu nous a créés avec les aptitudes nécessaires pour pouvoir le faire. Si Dieu ne nous avait pas créés, ou s’il n’avait pas créé nos moyens de subsistance, ou s’Il ne nous avait pas dotés des aptitudes nous permettant d’exploiter celle-ci, nous ne serions tout simplement rien ! C’est pour cela qu’utiliser les ressources mises à disposition par Dieu dans le suivi d’une autre divinité (une idéologie, une théorie, son propre égo, …) est la plus grande des injustices car c’est le summum de l’ingratitude et de l’orgueil (en croyant que nul n’a besoin de Dieu alors que c’est tout le contraire). Et c’est pour cela que la seule mauvaise action qui, si on ne s’en repent pas ici-bas, ne sera jamais pardonnée par Dieu dans l’au-delà et qui sera sanctionnée de l’enfer éternel dans l’au-delà est le shirk.
- Le tawhîd nécessite la sincérité pour être validé par Dieu
Pour nous les hommes, tant qu’une personne dit qu’elle est musulmane et qu’on ne la voit pas commettre de shirk apparent (en se disant adoratrice d’une autre divinité ou en reniant sciemment une partie du message de Dieu par exemple), nous la considérons comme musulmane. Par contre, pour Dieu, du fait qu’Il connaît le contenu des cœurs, Il sait si cette personne est sincère ou non. Si elle est hypocrite, c’est-à-dire se dit musulmane alors qu’au fond d’elle-même ne l’est pas, elle sera sanctionnée dans l’au-delà de l’enfer éternel. Si elle est sincère, elle sera considérée par Dieu comme « croyante » et aura droit au paradis éternel après un éventuel passage en enfer pour purger son éventuel excédent de mauvaises actions.
A partir du moment où le tawhîd implique la sincérité, cela signifie que le croyant fait tout son possible pour obéir à Dieu et accomplir de bonnes actions tout en évitant les mauvaises. Cela ne veut pas dire qu’un croyant ne commet jamais de mauvaises actions. Il peut en commettre ponctuellement et notamment dans les moments difficiles (fatigue, stress, problèmes professionnels ou familiaux, problèmes d’argent, accidents, …) mais cela ne sera pas assimilé à du shirk, car au fond de lui, il est conscient quand ce qu’il fait est mal, quand il désobéit, mais il ne remet pas en cause l’ordre de Dieu. Il a simplement « craqué » et n’a pas pu éviter la mauvaise action. A partir du moment où Dieu n’ordonne que le bien et n’interdit que le mal, un musulman obéissant commettra toujours moins de mauvaises actions que s’il était hypocrite ou associateur (en s’autorisant au fond de lui-même ou publiquement le mal).
A noter que le mal est plus difficile à éviter en occident où la débauche est généralisée dans l’espace public. Il est en effet plus difficile de rester fidèle à son conjoint quand l’hypersexualisation est encouragée et que les sites de rencontre foisonnent, difficile d’éviter la calomnie lorsqu’elle est banalisée et que nombre de vos collègues la pratiquent au travail, difficile de ne pas gaspiller son argent en étant matraqués de pubs encourageant l’hyperconsommation et les jeux de hasard, difficile de garder son couple harmonieux quand on rabâche aux femmes que la source de leurs maux sont les hommes, quand beaucoup de jeunes garçons s’éduquent par du rap et du hip-hop irrespectueux où les filles sont des produits de consommation, difficile de rester lucide et ferme dans ses choix alors que beaucoup de personnes souffrent d’addictions (alcool, tabac, jeux d’argent, sexe, pornographie, réseaux sociaux, binge watching, …), difficile de préserver son intégrité physique et psychique quand le sexe entre un jeune de 15 ans et un ou plusieurs adultes est banalisé dans les cours scolaires d’éducation sexuelle …
- Un musulman peut aussi connaître un passage en enfer
Comme nous l’avons vu, si un musulman a commis trop de mauvaises actions non pardonnées par Dieu, il sera alors jeté en enfer un temps pour purger ses fautes avant d’être admis éternellement au paradis. Il faut savoir que contrairement à ce que certains ironisent, l’enfer ce n’est pas « sexe, drogue et rock and roll » … Aucun endroit sur terre n’est pire que l’enfer ! Donc un musulman qui a commis de graves crimes le paiera durement dans l’au-delà même si ce n’est que temporairement. Et si nous sommes conscients de la rigueur de l’enfer, il vaudrait mieux s’appliquer à éviter d’y aller, c’est-à-dire croire sincèrement en Dieu tout en évitant le shirk (le plus important) et tout faire pour éviter les mauvaises actions.
- Seul le shirk est puni de l’enfer éternel
A bien y réfléchir, c’est une vraie miséricorde que seul le shirk (sauf si on s’est repenti) soit puni par l’enfer éternel, car si d’autres mauvaises actions étaient aussi punies de l’enfer éternel, ce serait vraiment difficile d’accéder au paradis. Cela nous montre l’étendue de la miséricorde de Dieu ainsi que de Sa sagesse et de Sa patience à notre égard, car Il nous laisse une vie entière pour nous repentir, nous réformer et nous améliorer et ce, même si nous sommes des associateurs et que nous commettons nombre de mauvaises actions.
Et à bien y réfléchir, la concrétisation du tawhîd, seule condition exigée pour goûter au paradis éternel, est finalement aisée et accessible à tous sans distinction…
[1] « … Celui qui veut la récompense de l’ici-bas Nous lui en donnerons, et celui qui veut la récompense de l’au-delà Nous lui en donnerons… ». (S.3, v.145)